Victoryne Moqkeuz Eructeuse

Inspiration expulsion

9 novembre 2021

FRONTPOPULAIRE

Classé dans : Art et culture, la vie des avis — eructeuse @ 4 h 47 min

Analyses

Wokisme
Sandrine Rousseau, l’ambassadrice prisonnière du Wokistan

OPINION. L’échange entre Sandrine Rousseau et l’essayiste Fatiha Agag-Boudjahlat sur le voile a mis en lumière l’impasse mortifère de l’idéologie woke : une tyrannie des minorités maquillée de bonnes intentions.

sandrine rousseau

La campagne d’affiches du Conseil de l’Europe qui montrait des femmes portant le voile avec le slogan « Liberté dans le hijab » a suscité un tollé. Les affiches ont été rapidement retirées face à la levée de boucliers. Sandrine Rousseau a été interpellée à ce sujet par l’enseignante et essayiste Fatiha Agag-Boudjahlat sur LCP dans l’émission Ça vous regarde.

L’échange est instructif pour deux raisons : la méthodologie woke de la disqualification de l’interlocuteur est ici renversée par Fatiha Agag-Boudjahlat qui va enfermer Sandrine Rousseau dans les limites de son propre raisonnement. En second lieu parce que Sandrine Rousseau porte une parole de bonnes intentions complètement déconnectée du réel.

Revenons d’abord de manière succincte sur les faits. La séquence dure un peu plus de 5 minutes et est disponible sur internet (entre la 45e et la 50e minute). Fatiha Agag-Boudjahlat dénonce une campagne orwellienne qui prétend que la liberté serait dans le hijab, ce qui est, selon elle, une normalisation d’une pratique patriarcale, rétrograde et sexiste. Pire, les affiches reprennent les éléments de langage des islamistes : la liberté est dans le voile. Fatiha Agag-Boudjahlat rappelle que le port du voile est une obligation dans nombre de pays islamistes et qu’en ce sens, dans ces pays, le hijab ne peut pas être assimilé à la liberté. Cette liberté est possible dans les pays d’Europe où justement la République protège les individus du prosélytisme religieux. Elle aurait préféré une égalité de reconnaissance des femmes musulmanes voilées et non voilées (et des femmes non musulmanes), car le voile est assimilé à la pureté, la pudicité autant d’atouts que ne possèderaient pas, selon les tenants d’un islam radical, les femmes non voilées. Ainsi, le port du voile n’est pas une liberté dans les pays comme l’Iran, il est une obligation.

En Europe le port du voile est une liberté juridique qui ne se traduit pas toujours dans les faits tant il existe une pression religieuse de la part de l’islam radical. Cela est d’autant plus vrai que l’islam radical progresse, comme en témoignaient autrefois les auteurs du livre Les Territoires perdus de la République(Mille et une nuits, 2002), témoignage renouvelé avec Une France soumise (Albin Michel, 2017). Constat identique d’après le sondage de l’IFOP de 2020 qui explique que 57 % des jeunes interrogés considèrent que la charia est plus importante que la loi de la République, ce qui représente une progression de 10 points par rapport au dernier sondage de 2016. Le sondage concluait lui-même que les « jeunes [musulmans] plébiscitent un modèle communautariste ».

Enfin, lucidement, Fatiha Agag-Boudjahlat explique qu’en Europe, le fait de porter le voile est un choix valable et respectable, à la condition que cela reste un choix véritablement libre, ce qui n’est pas toujours le cas. C’est alors qu’elle lance à l’encontre de Sandrine Rousseau la fameuse phrase : « J’invite les personnes qui adorent critiquer le patriarcat blanc à déconstruire leur privilège de bourgeoise blanche et se rendent compte qu’il y a aussi des sociétés non blanches où le patriarcat existe. » Elle ira plus loin, pour bien souligner, au-delà du débat sur le voile, le côté discréditant de la méthodologie woke : « Vous aimez cette facilité quand vous êtes face à un homme blanc, je vous la renvoie. » C’est dans ce second moment, moins commenté, que se trouve porté par Fatiha Agag-Boudjahlat le coup fatal à Sandrine Rousseau. Que dit-elle ? Elle renverse la méthodologie appliquée avec soin par Sandrine Rousseau et plus largement le courant déconstructeur qui consiste à discréditer l’interlocuteur parce qu’il serait blanc, homme, hétérosexuel, cisgenre…

Le mode opératoire des wokes réduit chacun à son identité. Une femme sera autorisée à parler des violences faites aux femmes, mais pas un homme. Une personne noire sera autorisée à parler du racisme, mais pas un blanc. On retrouve un identique mode opératoire lorsque Rokhaya Diallo débat avec Stéphanie Roza sur le plateau de À l’air libre à propos du racisme et lui assène : « Je ne sais pas dans quelle mesure vous êtes qualifiée pour m’expliquer de quelle manière on est efficace pour lutter contre le racisme. »Attaque disqualifiante qui consiste à dire à Stéphanie Roza, puisqu’elle est blanche, qu’elle ne peut pas être pertinente sur le sujet du racisme, ce que Rokhaya Diallo, femme noire, serait par la simple appartenance identitaire.

La méthodologie enferme chacun dans son identité, dans sa communauté. Pire, elle produit ce contre quoi elle est censée lutter, ce que souligne David Di Nota dans son ouvrage J’ai exécuté un chien de l’enfer (Le cherche midi, 2021) à propos de l’assassinat de Samuel Paty : « On dira que le Blanc ne peut pas savoir ce que signifie être noir. La vérité est que l’antiracisme n’a rien à voir avec le fait d’appartenir à un camp miraculeusement préservé d’un tel biais — et que le fait de ramener un sujet politique à sa couleur de peau s’appelle, quelle que soit la motivation du locuteur, du racisme. » Il ajoute : « Le Blanc ne peut pas savoir ce que signifie être noir : si cette approche était la bonne, on ne voit pas comment les Noirs pourraient dire quoi que ce soit de pertinent sur les Blancs et, par conséquent, lutter contre le racisme. » Ce qui n’empêche pourtant pas les cohortes de l’antiracisme moderne de nous asséner leurs théories contre le modèle oppressif du patriarcat blanc. Par exemple Alice Coffin, conseillère et proche de Sandrine Rousseau qui pense nécessaire de « pointer l’identité qui offre à l’homme blanc hétérosexuel tant de privilèges » (Le génie lesbien, Grasset, 2020).

C’est cette méthode de disqualification de l’interlocuteur du fait de sa non-appartenance à la communauté que renverse Fatiha Agag-Boudjahlat. Sandrine Rousseau est visiblement agacée, elle répond que « c’est trop facile » et aurait pu ajouter comme le répondit Stéphanie Roza lorsqu’elle fut elle-même l’objet d’une attaque similaire par Rokhaya Diallo : « C’est la fin de tout débat rationnel, si vous éliminez du débat quelqu’un en l’handicapant à cause d’une couleur de peau, d’un sexe ou d’une religion… » Sandrine Rousseau ne le fera pas et pour cause, elle ne le peut pas, car ce serait admettre le caractère inopérant d’une méthode qui soutient la pensée woke.

On peut aller jusqu’à avancer l’idée que la méthode est intrinsèquement liée à la déconstruction. Il n’est pas simplement question de penser un futur libéré des préjugés (ce qui serait, soit dit en passant, un noble combat), mais de renverser le pouvoir. La majorité doit faire place à la minorité. Le mâle blanc hétérosexuel doit se déconstruire. Aurait-on idée de dire inversement qu’une femme est à déconstruire ? Qu’un noir doit est déconstruit ? Qu’un juif est à déconstruire ? La formule interpelle, elle n’augure rien de bon, le terme de déconstruction renvoyant à une forme de démolition moins brutale, mais une table rase tout de même, un effacement en douceur, une sorte de douce violence.

Sandrine Rousseau ne peut donc pas abandonner la forme qui soutient le fond de la pensée woke. Elle l’affirmera sur Twitter en préférant s’aplatir : « Je suis en effet bourgeoise et blanche et cela me permet d’avoir des privilèges. » Tout est dit, Sandrine Rousseau préfère reculer sur le fond plutôt que d’abandonner une méthodologie de la violence. Ainsi, elle sauvegarde la matrice de la pensée woke : la volonté d’un renversement du pouvoir par une méthodologie de l’effacement, du discrédit, de la disqualification ou de l’extrême droitisation. Autant d’avatars d’une violence symbolique. Et sur le fond ? Sandrine Rousseau ainsi que les porteurs de l’idéologie woke pourraient se tromper de méthode, une forme de violence symbolique répondant à une violence quant à elle réelle. Je fais allusion aux violences faites aux femmes.

On pourrait alors se dire qu’il y a urgence à agir, ce qui autorise de bousculer un ordre monolithe inamovible. Hélas, Sandrine Rousseau, sur le voile, nous livre une analyse de surface, convenue, de bonnes intentions. Elle défend le droit des femmes à s’habiller comme elles le veulent, où elles le veulent. Des assertions qui ne manquent pas d’emporter l’unanimité : qui voudrait empêcher une femme de se vêtir comme elle le souhaite ? Reprenons à notre compte l’idée de Michel Onfray : ce n’est pas ce qui est sur la tête qui importe, mais ce qu’il y a dans la tête. Voilà donc que nous serions d’accord avec Sandrine Rousseau ? Pas vraiment, car dans sa réponse, elle contourne la problématique de l’islam radical, elle évite soigneusement de parler d’islam, se focalisant sur « les religions », ce qui reste évidemment valable et emportera là encore l’unanimité, mais n’interroge jamais la spécificité d’une problématique très actuelle concernant l’islam politique. En somme, avec Sandrine Rousseau, nous aurons le droit aux bonnes intentions, aux slogans, à l’amour du prochain et in fine, l’inaction la plus totale. Que fait-elle face à ces femmes musulmanes refusant de se voiler qui subissent le harcèlement des radicaux ? Comment concrètement Sandrine Rousseau propose-t-elle de les aider ?

Kahina Bahloul, dans son livre Mon Islam, ma liberté (Albin Michel, 2021) rappelle qu’il faut « bien comprendre que l’injonction faite aux femmes de se voiler entièrement en portant le niqab ou la burqa est loin d’être la lubie fantaisiste de quelques époux jaloux. Il s’agit d’un élément constitutif d’une idéologie obscurantiste, mortifère et totalitaire fondée sur la domination masculine et prenant la femme pour bouc émissaire, allant jusqu’à remettre en cause son droit d’exister en dehors du rôle de ventre porteur d’hommes martyrs auquel il l’assigne. » De ce fait, on comprend son refus, à titre personnel de le porter car « ce hijab, on l’aura compris, charrie en moi des souvenirs très douloureux ; il est pour moi synonyme de terreur et d’oppression. Pour toutes ces raisons, je n’arrive pas à le défendre : je n’arrive pas à y voir un simple bout de tissu ni un accessoire de mode. Il est à mes yeux trop entaché de sang, de haine et d’exclusion du genre féminin. L’idéologie qui l’a enfanté a tué trop de musulmanes et de musulmans et elle est sur le point de tuer l’islam dont elle est le pire dévoiement. »

Face aux faits, face au réel, les bonnes intentions de Sandrine Rousseau et derrière elle de la cohorte des wokes ne tiennent pas longtemps. Défendre les musulmans c’est justement se battre à leurs côtés contre l’islam radical et non assimiler tout questionnement, toute critique à une preuve d’islamophobie. En faisant cela, nous les abandonnons à ceux qui veulent faire de l’islam politique le seul islam qui existe. L’épisode de l’échange entre Sandrine Rousseau et Fatiha Agag-Boudjahlat aura eu le mérite de mettre en lumière l’aspect mortifère de la méthode woke et l’inconsistance d’une idéologie qui se contente en réalité d’égrener les bonnes intentions pour viser en réalité l’avènement d’une dictature des minorités.

Publié le 8 novembre 2021
 

 

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