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27 septembre 2021

FRONT POPULAIRE ANNE-MARIE CHAZAUD ESSAYISTE

Classé dans : Art et culture, la vie des avis — eructeuse @ 19 h 15 min
Analyses
Carnets de campagne
Comme une Sardine dans un Ruisseau

CARNETS DE CAMPAGNE. La course aux investitures a déjà commencé. Certains prétendants nous plaisent, d’autres nous affligent… et certains nous font simplement rire. C’est le cas de l’écologiste Sandrine Rousseau, ou plutôt – l’original méritant amplement sa parodie – Sardine Ruisseau. Troisième épisode des carnets de campagne d’Anne-Sophie Chazaud.

Rien ne pouvait laisser présager qu’une élection prenant place dans un contexte général aussi dégradé et anxiogène offrirait toutefois de nombreuses occasions de rire sauf à considérer, selon l’adage, que celui-ci incarnât bel et bien l’énergie du désespoir. Entre pandémie mondiale, dérives autoritaires, islamisme mortifère, chocs migratoires, chocs économique et social, choc environnemental – liste de calamités non exhaustive constituant l’épais maquis ronceux de notre paysage -, il existait par chance un petit personnage rigolo qui semblait s’être fixé pour objectif de distraire les Français de leurs tourments par le rire, le rire salvateur, dont on sait que la pratique quotidienne est excellente pour la santé et augmente notoirement l’espérance de vie.

Celle que les réseaux sociaux surnommaient désormais Sardine Ruisseau (de son vrai nom Sandrine Rousseau) depuis qu’elle s’était essayée à plusieurs reprises à produire un tweet d’hommage à Jean-Paul Belmondo sans jamais tout à fait y parvenir et pour finalement y renoncer (il faut reconnaître que la tâche, pour ne pas dire l’aventureuse cascade, était ardue : 280 signes, ce n’est pas à la portée du tout-venant), non sans s’être emmêlé les pinceaux dans le prénom du cher disparu que tout cela aurait probablement bien amusé d’un rire mâle et gaulois (horreur !), cette dame, donc, se présentait à la primaire écologiste en vue de l’élection présidentielle et avait manifestement décidé d’aider par la même occasion son prochain à retrouver joie de vivre et bonne humeur, dans un bel élan charitable. Et il faut bien avouer que cela fonctionnait merveilleusement, plus rien ne l’arrêtait, à chaque jour sa perle : grâce lui en soit rendue !

Pas davantage que de nos tourments il n’était hélas possible de dresser ici une liste exhaustive des propos drolatiques de Dame Sardine, lesquels finissaient toutefois par fournir une sorte de magnifique catalogue poétique et oulipien des trouvailles les plus créatives du Wokistan dont elle s’était fait l’ambassadrice assumée de ce côté-ci de l’Atlantique, pâle et obéissante copie des dingueries nord-américaines les plus farfelues.

Les militants écologistes – ainsi que de nombreux Gaulois facétieux qui souhaitaient absolument que la farce se poursuive le plus longtemps possible – avaient propulsé notre héroïne au second tour de la primaire EELV, face à un Yannick Jadot plus pragmatique et modéré et, disons-le clairement, à moyen terme, davantage macro-compatible. Notre Sandrine à nous, elle, n’était pas là pour faire dans la demi-mesure, se revendiquant ouvertement de la radicalité, ce qu’elle mit d’emblée sur la table notamment lors des débats qui animèrent cette rocambolesque primaire. Et au moins la radicalité dans la drôlerie fut-elle parfaitement mise en œuvre, fut-ce à l’insu de son plein gré. La dame qui préférait les sorcières aux ingénieurs pour sortir la France et le monde de leur pétrin redoublait chaque jour d’inventivité et cela d’autant plus qu’il lui fallait bien se démarquer de son mâle compétiteur.

Alors, avec un grand sourire, elle lançait en l’air des idées curieuses et radicales, jonglant avec ses lubies et les futures interdictions comme avec des balles rebondissantes, de celles qu’on achète aux petits enfants pour les amuser mais qui cassent tout dans la maison : un coup on interdirait les SUV tiens, c’était mal les SUV, hop je jongle, un coup on déciderait unilatéralement de sortir de la dissuasion nucléaire, pour donner l’exemple aux autres pays – et nul doute que ceci produirait un bel effet d’entraînement au cœur des relations internationales qui, comme chacun sait, ressemblent à s’y méprendre au monde enchanté des Bisounours –, la France se retrouvant ainsi promptement dans une jolie position de force à n’en pas douter (hop hop une jongle), un coup on limiterait le droit des gens de se déplacer avec une sorte de compte-mobilité appelé la « démobilité » – ces gens aimaient bien inventer de nouveaux mots comme les enfants qui s’émerveillent à parler javanais – et consistant à limiter la quantité de trajets que l’on aurait à faire, ce qui ne manquerait pas de se transformer promptement en interdiction : ce que le confinement et le passe sanitaire du nouvel ordre mondial avaient ébauché, Dame Sardine et les écologistes radicaux le mettraient en œuvre avec maestria, pour votre bien naturellement, après tout, qu’était-ce aussi que cette idée polluante de toujours vouloir sortir de chez soi exhaler sans scrupule son CO2 pestilentiel, et puis, qu’était-ce donc également que cette lubie de vouloir à toute force aller travailler ?

Alors on inventerait un « revenu d’existence » (hop hop hop je jongle), un autre jour on imposerait les revenus de certains à 80% et même, au-delà, pour les plus « riches » (ce qui devait grosso modo se situer à la possession d’un canapé, d’une télévision et d’une voiture), on irait jusqu’à 100% de confiscation (eh bien quoi ?), hop hop hop, on augmenterait naturellement de manière très forte le prix de l’essence, ça évidemment c’était la base, car les Gilets jaunes n’avaient jamais existé et n’avaient jamais rien exprimé (l’écologisme comme prolongement de la répression macronienne, comme mépris néo-libéral du peuple poursuivi par d’autres moyens, ce fameux peuple honni qui roule en diesel et fume des sans-filtre…), mais par chance ou, qui sait, par sorcellerie, la diminution de la consommation induirait naturellement une baisse des besoins en déplacements et donc chacun pourrait finalement rester chez soi bien tranquille, dans sa hutte de terre battue, à profiter de son revenu d’existence qui tomberait du ciel comme par enchantement, sans avoir besoin de s’aventurer au-delà des limites de son village où l’on vivrait paisiblement de troc et de cueillette

Les esprits les plus frondeurs pourraient tenter de s’aventurer à quelques lieues à la ronde à dos de cheval mais cela n’était pas certain car sans doute, arguerait-on – halte-là malheureux ! –, que la domestication des animaux remettait en cause l’antispécisme désormais de mise. Aussi la marche à pied demeurerait-elle in fine la seule option et activité possible dans ce bel horizon de réjouissances sans fin et encore ne faudrait-il pas trop en abuser.

Le clou du spectacle proposé depuis plusieurs semaines par la singulière créature résida sans conteste dans ce moment de pur enchantement où, dans un élan de joie qui se voulait communicative, celle-ci affirma être « hyper heureuse » de vivre avec un « homme déconstruit ». Alors là, il faut avouer que l’on n’était pas prêt. Chacun se regarda, un peu gêné, retenant discrètement l’irrépressible fou rire immédiatement consécutif, le pauvre malheureux Yannick Jadot accusa le coup, marqua la surprise avec élégance, ne pouvant rien répondre sous peine de passer pour quelque pervers phallocrate déguisé en progressiste dans le but de mieux écraser les femmes de sa superbe, tandis que Ruth Elkrief sembla se réjouir secrètement que son homme à elle ne le fût pas trop, lui, déconstruit, et tout le monde se demanda dans le secret de son cœur et dans l’étendue de son entendement à quoi pouvait bien ressembler un « homme déconstruit », improbable variant post-moderne de Monsieur Patate, et s’il avait la tête dans la cuisine, les jambes dans le salon et un quart de testicule disposé en offrande dans chaque autre pièce de la maison.

Passé le moment de la surprise vint celui, plus sérieux, de l’analyse. Car cette affirmation qui resterait sans nul doute comme l’une des déclarations marquantes d’une campagne électorale pourtant prometteuse, contenait, par-delà le grotesque, des éléments qui méritaient d’être clairement identifiés. Notons tout d’abord que l’obsession sociétale woke était omniprésente dans le projet de l’écologisme radical, constamment drapé dans une rhétorique sans queue ni tête (si l’on puit dire) et obnubilée par le prisme des rapports de domination, expression probable de quelque sado-masochisme refoulé : tout n’était qu’oppression, venant exclusivement du sempiternel même coupable, l’homme blanc hétérosexuel, foncièrement raciste, n’ayant pas opéré sur lui-même le travail de « déconstruction » visant en réalité à lui faire renier sa masculinité nécessairement toxique.

Notons au passage que ce pauvre malheureux terme de « déconstruction », victime collatérale de l’air du temps, ne faisait lui-même que subir un contant contre-sens depuis son phagocytage par les french studies américaines, lesquelles n’avaient strictement rien compris à l’analyse de Derrida non plus qu’à la dimension très historicisée (paradoxalement) du post-modernisme, pour être recraché ici en un gloubiboulga incohérent et stupide, contre lequel s’érigeait régulièrement avec la même inculture toute la réaction droitarde de circonstance.

Peu importait à présent, le mal était fait et nous étions bien contraints de prendre ce terme dans l’utilisation qui en était désormais faite communément. Dame Sardine avait d’ailleurs déclaré que le déclencheur de son action politique était l’« humiliation » : avec ça, on était bien parti, ça faisait drôlement envie… Tout était ici bien résumé : posture victimaire devenant posture d’autorité, délégitimant sur son passage toute autre vision du monde et des rapports humains (car, par voie de conséquence, les femmes aussi, celles qui par exemple aimaient les hommes (ou les femmes) pas trop déconstruit(e)s, devaient faire leur examen de conscience, leur « chemin »), mais aussi et surtout, en inévitable conséquence, une vision de l’avenir de la société comme devant être nécessairement rééduquée. Et c’est ici que l’on passait insensiblement du parfait grotesque à la terreur du type Gardes Rouges maoïstes dont ces délires cul-par-dessus-tête n’étaient que de lointains petits cousins abâtardis (les Chinois ayant en leur temps mis la barre très haut).

Toute personne n’ayant pas fait ce travail intérieur s’apparentant à l’autocritique et à la haine de soi, prétendument dépassées dans l’avènement d’un nouveau « soi » assumé en tant que déconstruit ne pouvait pas légitimement prétendre à intervenir désormais dans le champ de l’action publique. Toute personne qui n’avait pas envie de s’éprouver comme victime ou comme bourreau (de racisme, de sexisme, d’homophobie ou de quelque autre phobie que ce soit), toute personne qui acceptait de façon naturelle ce que, précisément, Dame Nature lui avait accordé à la naissance sans en faire tout un patafoin geignard ou repentant, serait disqualifiée pour les siècles à venir au Royaume de l’écologisme radical dont on distinguait du reste mal quel rapport il entretenait, dans ses lubies, avec le souci véritable d’améliorer la préservation de l’environnement.

A noter d’ailleurs que la nature n’y était subitement plus considérée comme une valeur à défendre dès lors qu’il s’agissait de celle des hommes (ou des femmes qui aimaient les personnes non déconstruites, ce qui était peut-être pire car celles-ci étaient des traîtresses à la cause, un peu comme les « nègres de maison » du côté des obsédés de la race). Notons d’ailleurs au passage que les pseudo-déconstructophiles ne perdaient tout de même pas le Nord de leurs propres intérêts bien construits puisqu’une non moins amusante Alice Coffin qui elle aussi distrayait souvent le citoyen par ses saillies pittoresques, réputée pour ses déclarations de misandrie délirante, proche soutien de Dame Sardine, n’hésita pas à affirmer qu’être vraiment féministe de la part de Yannick Jadot devrait entraîner de manière quasi-mécanique son retrait au profit de sa concurrente. Curieusement, ce qui s’apparenterait alors à une forme renouvelée (et hideuse car consentie de mauvaise grâce) de galanterie trouvait grâce aux yeux de nos sorcières bien-aimées, alors même que cela ne faisait que souligner une inégalité contre laquelle elles ne cessaient pourtant de s’ériger. Inutile de dire que dans ce contexte, toute critique ou moquerie (lesquelles venaient tout de même assez naturellement au regard des inepties constamment proférées) ferait l’objet d’une pleurnicherie montée en épingle avec force théâtralité selon le paradigme-roi de l’offense.

On ressortit de toute cette séquence grand-guignolesque avec deux certitudes : tout d’abord, le fait que ce radicalisme constituait l’essence chimiquement pure de l’écologisme politique (bien différent du souci de l’environnement, valeur plutôt intrinsèquement conservatrice à bien y réfléchir et qui devait concerner chacun de manière de toute façon non partisane) et qu’il était de ce point de vue impératif que ce soit Dame Sardine qui en porte le flambeau car elle en était le vrai visage. Ensuite, que chacun espérait ardemment voir parvenir à l’Elysée en 2022 une personne, homme ou femme, non déconstruite.

Publié le 27 septembre 2021

 

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