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Inspiration expulsion

22 août 2021

AMINE EL KHATMI

Classé dans : Art et culture, la vie des avis — eructeuse @ 16 h 47 min

« Ceux qui défilent avec Assa Traoré et se taisent dur Mila ne sont plus de gauche »

ENTRETIEN. Amine El Khatmi, le président du Printemps républicain, s’engage dans le débat présidentiel en publiant un livre-programme de 77 propositions.

Le Point politique, propos recueillis par Jérôme Cordelier

La gauche déboussolée serait bien inspirée de se jeter sur ce petit livre rouge. Printemps républicain, qui paraît le 25 août aux éditions de l’Observatoire et dont Le Point révèle en exclusivité la substantifique moelle, recèle une foultitude de propositions : 77 au total, dans tous les domaines. Sécurité, intégration, éducation, santé, banlieues, écologie… Cofondateur et actuel président du Printemps républicain, mouvement lancé à l’origine en mars 2016 pour défendre la laïcité, lutter contre l’extrême droite et l’islamisme politique et dont l’aura n’a cessé de s’étendre depuis dans la sphère politico-médiatique, Amine El Khatmi dessine le contour de ce qui pourrait devenir un projet présidentiel, en tout cas une République idéale, en avançant des mesures très concrètes, et sans œillères.

Le jeune homme reste solidement ancré à gauche mais, à l’écoute d’une France qu’il sillonne, garde l’esprit ouvert aux idées venues de toutes parts. Cet intellectuel brillant n’a pas mis son idéalisme dans la poche mais fait preuve d’une lucidité et d’un pragmatisme remarquables. Son franc-parler lui vaut – bien sûr – des détracteurs, mais c’est justement pour cela qu’on l’apprécie au Point, pour ses analyses aiguisées et ses prises de position souvent courageuses, comme l’on pourra à nouveau s’en apercevoir dans cet entretien sans concession.

Le Point : La question qui vient immédiatement en refermant votre livre programmatique : êtes-vous candidat à l’élection présidentielle ?

Amine El Khatmi : À ce stade, une chose est certaine : le Printemps républicain sera présent d’une manière ou d’une autre dans le débat présidentiel. D’où ce livre qui contient 77 propositions, dont de nombreuses sur des sujets sur lesquels nous ne nous étions pas exprimés jusqu’alors. On nous prête souvent un rôle obscur, faisant de nous des visiteurs du soir qui murmurent à l’oreille des gens de pouvoir. Mais le Printemps républicain n’est pas une officine secrète. Nous faisons de la politique de manière ouverte, assumée, publique. Depuis cinq ans, nous enchaînons les interventions dans les médias, les tribunes, les livres… Sauf que ce rôle d’observateur critique a ses limites et que nous faisons de la politique pour changer les choses. Mettre les mains dans le cambouis pour représenter une gauche républicaine et populaire, c’est un défi qui m’intéresse. Désormais, notre objectif est de faire élire des députés Printemps républicain dans la prochaine Assemblée nationale. C’est cet objectif qui va me mobiliser dans les prochains mois.

 

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Votre livre est le produit d’un tour de France des sous-préfectures que vous avez mené pendant deux ans. Que tirez-vous comme constat sur l’état de notre pays ?

J’ai choisi les sous-préfectures parce qu’elles représentent une synthèse parfaite de cette France périurbaine et rurale qui fut le moteur de la révolte des Gilets jaunes du début. Ces Français de Carpentras, de Dreux, de Montluçon qui veulent vivre dignement des fruits de leur travail, et qui se sentent méprisés. On me dit que beaucoup d’entre eux votent Rassemblement national, et qu’à ce titre il ne faudrait pas leur parler. Au nom de quoi ? J’ai grandi à Avignon où le RN attire 30 à 35 % de l’électorat, et parmi ces électeurs, je fais une différence nette entre d’authentiques racistes et ceux qui ne le sont pas mais qui sont exaspérés et en colère, qui ressentent cette insécurité culturelle si bien décrite par mon ami Laurent Bouvet. La posture morale de la gauche antiraciste qui répète à coups de pin’s et de slogans creux « F comme facho, N comme nazi » a démontré son inefficacité ! Et je le sais bien, puisque j’ai crié moi-même ces slogans.

En plongeant dans cette France des sous-préfectures, j’ai touché du doigt l’ampleur que prenait dans le peuple la défiance vis-à-vis des élites, politiques et médias compris. Le constat n’est pas nouveau, Jérôme Fourquet l’a très bien établi dans son livre L’Archipel français, décrivant ces multiples France ne se comprenant plus, ne se parlant plus, signe d’une rupture de plus en plus criante. Vous n’imaginez pas le nombre de gens qui m’ont dit : « Vous nous parlez de commun, de République, d’État, mais notre réalité à nous c’est que les services publics ferment, que près de chez nous, il n’y a plus de bureau de Poste, plus de gare, plus d’hôpital… Nous sommes de plus en plus isolés, et en plus on nous traite de pollueurs parce que l’on se sert de notre voiture pour aller travailler ou faire nos courses. Mais nous, on ne prend jamais l’avion pour aller à Ibiza ou en Grèce ! »

À vous lire, le modèle d’intégration français est complètement bloqué…

Vous avez raison et notre pays doit faire un effort pour mieux intégrer, tant ceux qui naissent sur notre sol que ceux qui aspirent à le rejoindre en venant d’ailleurs. Sur ce sujet, je crois à la fermeté et à l’humanité. Expulser les étrangers qui ont été déboutés du droit d’asile, ceux qui ont épuisé tous les recours possibles me semble relever du bon sens. Les Français ne comprennent pas que des obligations de quitter le territoire français (OQTF) ne soient pas exécutées. J’ai été très marqué par le féminicide d’Hayange : Stéphanie, 22 ans, meurt le 23 mai 2021 sous les coups de son compagnon, un réfugié politique serbe, porteur d’un bracelet électronique au moment des faits, et qui en était à sa dixième condamnation judiciaire… Il y a bien longtemps qu’il aurait dû être renvoyé en Serbie. Pourquoi ne l’a-t-on pas fait plus tôt ? Je plaide pour la fermeté, mais en même temps je pense qu’il faut être plus humain avec ceux qui remplissent les conditions pour rejoindre notre communauté nationale. On ne peut pas se borner à leur donner un papier et se considérer comme quitte. Il faut davantage mettre l’accent sur l’apprentissage de la langue. L’Allemagne propose à ces nouveaux citoyens 600 heures de cours de langue ; la France, seulement 200 heures. Il faut y remédier. Je propose aussi la création de tuteurs républicains bénévoles, fonctionnaires, avocats, médecins, chefs d’entreprise, etc., qui accompagneraient ces nouveaux citoyens dans les premiers mois de leur découverte de la France et du français.

Au fond, vous dites, mais vous ne l’écrivez pas : « Être français, ça se mérite »… Reprendriez-vous à votre compte ce slogan qui est d’abord un héritage de l’extrême droite et qu’une partie de la droite a intégré ?

Je ne dirais pas : « Être français, ça se mérite. » Je préfère parler de fierté. Cette fierté qui fut celle de mes parents quand ils sont devenus citoyens français. Et cette fierté, je la ressens quand je vois tous ces étrangers qui rêvent d’intégrer notre pays. Cette fierté, elle est plus belle que ce sentiment que tentent d’infuser ces indigénistes ou décoloniaux qui passent leur temps à dénigrer la France.

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La France a accueilli 358 005 étudiants étrangers en 2020, un chiffre en augmentation de 30 %, relevez-vous. Est-ce bien ou est-ce mal ?

C’est l’honneur de la France. Je suis fier que mon pays accueille dans ses facultés des Maliens, des Tunisiens, des Géorgiens pour qu’ils soient formés comme ingénieurs, médecins, avocats. Pour moi, cela fait partie du rayonnement de la France.

Valérie Pécresse propose que l’accès aux prestations sociales soit soumis à un séjour régulier en France d’au moins cinq ans. Qu’en pensez-vous ?

L’idée ne me choque pas, mais je trouve la durée trop longue. Si une famille a envie de s’intégrer dans notre pays, on ne va pas la mettre à l’épreuve pendant cinq ans. Plutôt que de conditionner les aides sociales à une si longue durée, je préfère les lier au parcours d’apprentissage de la langue. Je propose en outre l’interdiction de l’attribution d’un logement social à un étranger dans un quartier dans lequel la proportion d’étrangers dépasserait 25 % pour lutter contre la ghettoïsation. Charge à la puissance publique de lui proposer un logement ailleurs.

 

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En parlant de « flux migratoires irréguliers » à propos des Afghans qui fuient les talibans, Emmanuel Macron a fait polémique. Qu’en pensez-vous ?

J’ai trouvé cette polémique injuste. Quand on écoute les onze minutes du discours, Emmanuel Macron dit bien que la France a vocation à accueillir ceux qui ont travaillé avec nous et ceux qui rempliraient les conditions, au cas par cas. Peut-être aurait-il pu attendre que l’émotion retombe, et/ou choisir d’autres mots. Mais d’une manière générale, je ne comprends pas bien ce qu’on lui reproche. De manquer d’humanité ? De vouloir accueillir les réfugiés politiques tout en refusant l’immigration irrégulière ? Les cris d’orfraie d’une partie de la gauche me semblent bien excessifs…

Les images de ces Afghans qui s’agrippent aux trains d’atterrissage des avions pour fuir leur pays ont marqué tous les esprits. Mais en même temps, on entend déjà monter aussi la petite musique qu’a exprimé Emmanuel Macron du « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde »…

… En omettant comme toujours de citer la deuxième partie de cette fameuse phrase de Michel Rocard : « Mais on doit prendre notre part… » Je ne crois pas que des millions d’Afghans vont déferler sur l’Europe. Et nous devons agir au cas par cas. Désormais, en Afghanistan, les magistrates risquent leur vie car les talibans considèrent qu’en aucun cas une femme peut rendre la justice, puisque celle-ci émane de Dieu : ne doit-on pas les accueillir ? Et ces présentatrices de télévision qui ont disparu des écrans et sont remplacées par des barbus, ne doit-on pas les accueillir ? Et ces musiciennes membres des orchestres afghans, ne doit-on pas les accueillir ?

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Comment réagissez-vous aux propos du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, dont le phrase sur le gouvernement « inclusif » a fait polémique - il a depuis précisé sa pensée ?

Monsieur Le Drian a tenu des propos incompréhensibles. Croit-il que les talibans vont mettre en œuvre la parité, adopter l’écriture inclusive et rassembler une marche des fiertés, une Gay Pride, dans Kaboul ? Certains aujourd’hui en sont à se réjouir que les talibans ne renvoient pas les élèves filles chez elles. Mais quelle naïveté ! Il y a quelques jours, ils ont assassiné un humoriste parce qu’il se moquait d’eux. La seule position tranchée sur ce sujet émane de quelqu’un qui m’a surpris puisqu’il a bâti toute sa carrière sur l’inclusion justement : Justin Trudeau, le Premier ministre canadien. Lui a dit fermement qu’il ne voulait pas parler à ces gens-là, et il a refusé de reconnaître leur gouvernement.
 

Ceux qui traitent Élisabeth Badinter d’islamophobe ne sont plus de gauche.

Vous êtes, comme souvent, sévère avec vos amis de gauche. Que leur reprochez-vous ? Leurs œillères idéologiques ? Leur irréalisme ?

Je suis sévère avec la gauche car j’en viens ! Et, pour moi, une partie de ceux qui se revendiquent de la gauche ne le sont plus. Ceux qui défendent avec plus de verve Barakacity que Charlie Hebdo ne sont plus de gauche. Ceux qui défilent avec Assa Traoré et se taisent lorsque Mila est menacée ne sont plus de gauche. Ceux qui traitent Élisabeth Badinter d’islamophobe ne sont plus de gauche. Ceux qui ont remplacé la lutte des classes par la lutte des races ne sont plus de gauche. Ils ont trahi le peuple ! Cet abandon a d’ailleurs été théorisé dans une note du think tank Terra Nova en 2012, suggérant au Parti socialiste de s’adresser à une coalition électorale regroupant des minorités plutôt que de s’adresser au peuple dans son ensemble et aux catégories populaires en particulier. Moi, je n’ai pas l’impression d’avoir changé. En défendant l’ordre, l’autorité de l’État, la sécurité, je suis toujours de gauche. J’ai grandi dans des quartiers populaires, et je sais que l’insécurité frappe d’abord les populations les plus fragiles. « Les racailles ont fait de notre vie un enfer », m’a confié Samira, une mère de famille à Nîmes. Est-ce être d’extrême droite que de vouloir protéger des personnes qui sont victimes de rodéos urbains, qui sont confrontées à des rixes entre bandes comme en Île-de-France, ou qui doivent se soumettre à des « checkpoints » de voyous pour regagner leur domicile comme à Marseille ?

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Dans ce livre, vous abordez des sujets sur lesquels vous ne vous étiez pas encore prononcé pour dessiner le portrait d’une République idéale. Comment la voyez-vous ?

C’est une République qui garantit le respect des libertés, qui assure la sécurité, qui défend les services publics, qui se mobilise pour l’éducation et la culture. Pour moi, c’est avant tout cela que doit défendre une gauche républicaine et populaire. Une République qui n’oublie pas que l’âme de la France est l’égalité. C’est pourquoi, je propose le dédoublement des classes jusqu’au lycée dans les quartiers défavorisés, dits « politique de la ville ». Ou encore la création d’internats sur la base du volontariat pour les jeunes de ces quartiers pour les éloigner dans un environnement plus favorable, pour que leur horizon ne se limite pas aux barres HLM et aux dalles de béton. Tant pis si l’on doit faire exploser la carte scolaire ! Je suis également favorable à un doublement des salaires des enseignants qui interviennent dans les REP, « réseaux d’éducation prioritaire ». Et pour le stage de troisième, qui représente souvent pour les élèves la première incursion dans un monde professionnel, je crois que l’État devrait réserver des places dans les préfectures, les mairies, les organismes subventionnés pour ceux dont les parents n’ont pas de carnet d’adresses. Enfin, je plaide pour l’instauration d’un mentorat, qui serait un parrainage républicain proposé aux jeunes qui n’ont pas les bons codes et les bons réseaux, pour qu’ils soient accompagnés par un parrain. Cela ne concerne d’ailleurs pas que les jeunes de nos banlieues. Des milliers de jeunes vivant dans nos campagnes, loin des villes, se sentent abandonnés. La République idéale, elle est ferme et humaine, faite d’ordre et de justice sociale.

Vous évoquez aussi le problème de la fin de vie. Pourquoi ?

Parce que je considère que c’est une question éminemment laïque. Il faut permettre à chacun de choisir sa fin. Je prône un débat national et un référendum sur cette question. Il ne s’agit pas de légaliser l’euthanasie, mais de permettre l’aide active à mourir pour des patients majeurs, atteints d’une maladie incurable et qui auraient réitéré leur volonté à plusieurs reprises. Je n’ai pas peur de donner la parole aux Français sur ce sujet.

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Vous faites aussi un plaidoyer pour le nucléaire…

Comme je suis un vrai écologiste, je suis pour un mix énergétique dans lequel le nucléaire garderait une part importante. On ne peut pas vouloir aller vers une société de mobilités douces et de développement des transports électriques en sortant du nucléaire. Comment pourrait-on produire une énergie aussi propre et sûre ? Je rejoins le communiste Fabien Roussel qui défend l’avenir de notre filière nucléaire, et qui sur ce point est bien plus écologiste que les dirigeants d’Europe Écologie-Les Verts.

Vous avancez aussi dans votre livre une proposition-choc qui est l’allongement d’un mandat présidentiel à 8 ou 10 ans… Dans quel but ?

Cette proposition part du constat que le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral qui fait passer les législatives après la présidentielle conduisent à une paralysie du travail parlementaire. L’Assemblée nationale n’est plus qu’une chambre d’enregistrement. D’autant qu’en instaurant le non-cumul des mandats, on a créé des élus hors-sol. Quand on est à la fois parlementaire et maire, on est en phase avec le quotidien des Français. Un mandat présidentiel dans le temps long permettrait de définir les grandes orientations pour le pays et donnerait du souffle. Et, en abrogeant le non-cumul des mandats, on mettrait en place une assemblée de députés élus avec une dose de 25 % de proportionnelle, qui serait en lien avec le terrain et avec l’état du pays.

Bon allez, dites-nous, allez-vous vous présenter à l’élection présidentielle ?

Je mets ces propositions sur la table et je suis ouvert à tous les candidats républicains qui voudront en discuter. Je vais partir à la rencontre des Français, des élus, notamment des maires, des acteurs de notre vie économique, sociale, culturelle. De tous ceux qui peuvent se reconnaître dans ce projet et qui pensent que la République n’est pas un vieux bouquin posé dans un rayonnage de bibliothèque, mais un projet d’avenir enthousiasmant. C’est à eux que je souhaite m’adresser. La question de la candidature viendra dans la foulée et il faudra compter avec le Printemps républicain quoiqu’il arrive.

 

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