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16 février 2021

REVUE DES DEUX MONDES

Classé dans : Art et culture, la vie des avis — eructeuse @ 9 h 02 min

Par Valérie Toranian

C’est l’histoire d’un prof de philo au pays de Descartes et de Voltaire, cheveux longs et idées claires, qui, depuis vingt ans, s’obstine à enseigner dans des villes où la République a cruellement besoin de hussards noirs qui portent haut ses valeurs. Didier Lemaire est en poste à Trappes depuis près de vingt ans. Inquiet de l’emprise grandissante de l’islamisme sur les jeunes, il a co-écrit avec Jean-Pierre Obin (1), une lettre à Emmanuel Macron pour défendre la laïcité et les enseignants. C’était en 2018. Il récidive il y a quelques mois avec un appel dans L’Obs dans lequel il s’interroge sur l’avenir de sa profession : « Combien de temps encore pourrons-nous exercer notre métier de transmission si l’État ne remplit pas sa mission ? Pouvons-nous, enseignants, pallier l’absence de stratégie de nos représentants pour vaincre ce fléau mortifère ? »

« Le constat de Didier Lemaire n’a rien d’extraordinaire. Trappes est régulièrement cité comme le “Molenbeek français”. »

Le constat de Didier Lemaire n’a rien d’extraordinaire. Trappes est régulièrement cité comme le « Molenbeek français. » Parmi les jeunes partis faire le djihad sur la zone irako-syrienne entre 2014 et 2016, 67 venaient de Trappes. En octobre 2017, dans son discours aux forces de sécurité intérieure, Emmanuel Macron citait lui-même Trappes comme l’une de ces villes nécessitant une stratégie « pour mieux prévenir et mieux lutter contre les comportements et les agissements qui favorisent l’extension de la radicalisation ».

À la même époque, une note blanche « prévention de la radicalisation » signalait que 76 % des radicalisés du département des Yvelines (Trappes notamment) avaient entre 15 et 35 ans. Le rapport parlait de commerces finançant le radicalisme, de prosélytisme religieux à dimension sociale et caritative. Il soulignait « l’augmentation de la pratique du jeûne pendant le ramadan parmi les enfants scolarisés en CM1/CM2 – jusqu’à 50 % dans certaines classes ; augmentation des refus d’inscription à la cantine scolaire (classes élémentaires) au motif que la viande n’est pas halal ; augmentation du port de tenues cultuelles (jupes longues) en collèges et aux lycées ; refus croissant de participer à certaines activités scolaires comme le chant pour les filles… »

« Didier Lemaire ne cache pas son pessimisme pour la ville de Trappes. Son constat n’est pas réjouissant. Mais il relève des faits et les faits sont têtus. Or que se passe-t-il ? Depuis dix jours, une offensive menée tambour battant par le maire de Trappes est en train de réécrire l’histoire. »

Didier Lemaire ne cache pas son pessimisme pour la ville de Trappes. Son constat n’est pas réjouissant. Mais il relève des faits et les faits sont têtus. Or que se passe-t-il ? Depuis dix jours, une offensive menée tambour battant par le maire de Trappes est en train de réécrire l’histoire. « Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté », chantait Guy Béart. Haro sur le prof de philo. Ali Rabeh, maire de Trappes dont l’élection a été invalidée pour suspicion de comptes de campagne non conformes, a déclaré la guerre à Didier Lemaire. Il l’accuse de mentir, de stigmatiser, de donner une image négative de Trappes et de ses habitants : il « joue un jeu dangereux au nom de ses convictions politiques ».

Déchaîné, le maire rédige un tract et va le distribuer jusque dans l’enceinte du lycée de la Plaine de Neauphle. « Je n’accepte pas les propos violents tenus contre vous et les Trappistes, qui condamnent par avance, qui relèguent, qui excluent, écrit le maire. C’est insupportable car c’est injuste et cela ne correspond pas à la réalité […] Ne laissez jamais dire que vous ne valez rien et que vous êtes perdus pour la République », poursuit Ali Rabeh, avant de conclure par ces mots du rappeur Kery James : « Nous sommes banlieusards et fiers de l’être. »

Passons sur le procédé démagogique qui consiste à citer du rap pour s’assurer les bonnes grâces des élèves, attitude méprisante et stigmatisante s’il en est. Le contenu de la lettre est non seulement une entorse à la neutralité que doivent respecter les élus, mais une tentative de manipulation des lycéens à qui on veut faire croire que leur professeur de philo clame partout qu’ils ne valent rien et qu’ils sont perdus. Rien de plus inexact. Que leur professeur s’inquiète du climat général d’une ville et de l’emprise sur les jeunes esprits d’un fondamentalisme identitaire, anti-français et anti-républicain, est conforme à l’idée qu’il se fait de sa mission. C’est tout à son honneur.

« Les collègues de Didier Lemaire, scandalisés par le jeu du maire, écrivent un communiqué de soutien au professeur. Mais rien n’y fait. »

Les collègues de Didier Lemaire, scandalisés par le jeu du maire, écrivent un communiqué de soutien au professeur. Mais rien n’y fait. Pire, le préfet des Yvelines, Jean-Jacques Brot, accuse le professeur Didier Lemaire de « jeter de l’huile sur le feu ». Le préfet, voyez-vous, « fait dans la dentelle », il agit avec les services de l’État en toute subtilité et n’a pas besoin de gros balourds qui viennent dire la vérité et faire le jeu de Marine Le Pen. Oui car pour Jean-Jacques Brot, le vrai scandale est que « le sujet a été récupéré par toute une frange d’extrême droite ». Incroyable intervention d’un représentant de l’État. Est-ce bien le rôle d’un préfet d’empêcher un enseignant de s’exprimer sur les conditions de sa profession et sur l’emprise de l’islam sur les élèves ? Est-ce bien son rôle de le traiter de suppôt de l’extrême droite ? Ou est-il plutôt censé faire régner l’ordre républicain et empêcher le maire de désigner Didier Lemaire comme cible en distribuant des tracts le disqualifiant ?

Benoît Hamon, leader de Génération.s et mentor d’Ali Rabeh, lui assure son soutien total. Monsieur 6 % (score de la gauche à la présidentielle), qui fut lui-même conseiller municipal de Trappes (sans jamais y avoir habité), traite de racistes et d’islamophobes ceux qui s’en prennent à Rabeh. Comment s’étonner ? On se souvient qu’il avait appelé à la manifestation « Stop à l’islamophobie » du 10 novembre 2019, avec en tête du cortège l’ancien directeur du CCIF faisant scander aux manifestants « Allahou Akbar ».

« En France, désormais, les lanceurs d’alerte sont traités de « mytho » et les partisans du « pas de vague » de héros. Nous baignons dans une accablante confusion des valeurs. »

En tête de l’offensive anti-Lemaire, le journal Le Monde jamais en reste pour jeter le doute et le discrédit sur ceux qu’il nomme sans honte « les laïcards », sorte de « nazis » de la laïcité qui, selon lui, menacent dangereusement nos institutions. Dans le quotidien du soir, Didier Lemaire est présenté comme un quasi affabulateur. Trappes est une ville sereine. Didier Lemaire n’a jamais été menacé. Et tous ses propos sont outranciers. C’est pourtant bien deux excellentes plumes du Monde, Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué, qui avaient porté un éclairage tout particulier sur Trappes dans leur livre, La Communauté en 2018 (Albin Michel). Elles y décrivaient la lente dérive clientéliste, les entrepreneurs identitaires et les élèves qui refusaient de croire la proviseure qui leur expliquait que la terre tourne autour du soleil et non l’inverse…

La preuve suprême que Didier Lemaire est un odieux menteur et un dangereux agitateur ? Il a déclaré qu’il n’y avait plus de coiffeur mixte à Trappes. Il se trouve qu’il y en a quatre sur seize, triomphe Ali Rabeh et tous les détracteurs du prof de philo. On ne sait plus si on doit rire ou pleurer. Parce que si les trois-quarts des coiffeurs de Trappes sont non-mixtes, voilà qui verse tout de même de l’eau au moulin du professeur de philosophie. Mais cela ni Ali Rabeh, ni nos médias et politiques bisounours ou islamo-gauchistes n’en ont cure. Voyez-vous l’important est d’alerter la France sur le danger qui monte : la droite trumpiste dénoncée avec sévérité par Clémentine Autain. Vous l’avez compris, est trumpiste tout élu ou personnalité politique qui aurait des positions trop fermes sur l’islam politique, c’est-à-dire des positions « islamophobes ».

En France, désormais, les lanceurs d’alerte sont traités de « mytho » et les partisans du « pas de vague » de héros. Nous baignons dans une accablante confusion des valeurs.

1 Ancien inspecteur général de l’Éducation, auteur de Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école (Harmattan)

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